Associations, recul de la démocratie et philanthropies


L’observatoire citoyen de la marchandisation des associations ouvre un nouveau chapitre de son travail en se penchant sur la philanthropie. Nous avons obtenu un financement du FDVA “Études et expérimentations” avec un projet intitulé : Associations, recul de la démocratie et philanthropies. Le pluriel n’est pas neutre. Il existe différentes philanthropies mais toutes posent une tension démocratique intrinsèque : Qui définit l’intérêt général ?

Est-ce que la philanthropie peut s’inscrire dans un cadre démocratique, en interne comme en externe, ou reste-t-elle aux mains d’intérêts privés ? Le sociologue Nicolas Duvoux souligne dans un rapport intitulé Philanthropie et démocratie : « Si l’on s’intéresse aux grands donateurs/donatrices, il est légitime de se demander si la philanthropie contribue à la privatisation de l’intérêt général ou à la promotion d’une société plus juste ». Nos travaux seront conduits à partir de cette tension originelle pour décrypter l’évolution des pratiques philanthropiques en France.



1ère séance (octobre-décembre 2025)

Séance d'arpentage de textes qui explorent les liens entre philanthropies et démocratie

Qui définit l’intérêt général ou comment se définit l'intérêt général ?
Que reste-t-il de l’intérêt général ?
Le financement public de l’intérêt général est-il has been ?
Comment le recul de la solidarité démocratique peut-être mis en regard de la progression du rôle de la philanthropie en France ? Alors que les financements publics aux associations reculent en raison d’un choix politique axé sur le développement du marché et des intérêts privés, quelle place pour la philanthropie ? Comment regarder en face la contradiction entre une philanthropie qui affirme sa participation à l’intérêt général et la défense des intérêts privés des grandes entreprises et des grandes fortunes, qui s’accroissent (et avec elles les inégalités) grâce aux défiscalisations, évasion et optimisation fiscale. « Où sont passées les milliards ? » questionne Lucie Castets dans un essai qui remet en question une affirmation scandée depuis des années pour justifier le retrait du soutien public : « les caisses sont vides ». Comment à partir de ces différents éléments redonner du pouvoir politique à la solidarité démocratique censée être défendue par un Etat qui vire aujourd’hui vers un autoritarisme néolibéral. Face à ce tournant, la philanthropie peut-elle être un levier pour reconsolider cette solidarité ? Et dans ce cas comment doit elle évoluer pour répondre à ces enjeux démocratiques ?



2ème séance (19 déc 2025) - 1ère séance publique

Quand l’investissement remplace la subvention ou le don.
L’investissement à impact porte le récit de faire à la fois du bien et du profit. Issu de la fondation américaine Rockefeller, ces nouveaux mécanismes financiers allient rentabilité financière et impacts sociaux et écologiques. Ils connaissent une forte croissance depuis les années 2010 et portent un changement de paradigme profond de l’approche philanthropique puisqu’ils peuvent investir (via des outils particuliers) aussi bien des associations que des entreprises, notamment des startups à impact ou entreprises à mission. Cette confusion des rôles interroge la notion de non lucrativité, développe la notion de lucrativité limitée, construit des marchés concurrentiels et remplace la notion de subvention ou de don par celle d’investissement au risque de mettre en péril tout un champ associatif qui ne peut s’y inscrire. Cette approche peut s’inscrire dans le Philanthrocapitalisme ainsi défini par la revue Politix : « Le philanthrocapitalisme est salué comme étant « une nouvelle manière de faire de la philanthropie, imitant la manière de faire des affaires dans le monde capitaliste ». Il promeut l’idée selon laquelle « le capitalisme en lui-même peut être philanthropique, et œuvrer au bien de l’humanité ». Ses adeptes considèrent l’entreprise capitaliste comme un mode de production « naturellement » altruiste, et justifient l’attribution de subventions gouvernementales et de fonds philanthropiques à des entreprises ».

3ème séance (prévision fevrier 2026)

La philanthropie d’extrême droite et les associations
La mise en lumière du projet Péricles porté par Pierre-Edouard Stérin interroge le rôle politique des philanthropes et leurs influences sur notre cadre démocratique. Pierre Edouard Stérin, milliardaire philanthrope, souhaite voir arriver l’extrême droite au pouvoir en France et finance pour se faire tout un réseau de think-thank, écoles, associations qui poussent ses valeurs. Cette philanthropie marquée à l’extrême droite rejoint les financements philanthropiques qui, depuis de nombreuses années, soutiennent les associations réactionnaires comme par exemple celles qui luttent contre l’avortement. Comment ces courants philanthropiques influencent et interrogent notre démocratie et notamment la solidarité démocratique ?

4ème séance (prévision mars 2026)

Quelles philanthropies de proximité ?
Les fondations territoriales se développent. Elles répondent au recul de financement des collectivités territoriales et aux capacités d’auto-organisation des acteurs des territoires qui peuvent se servir de ces outils pour reprendre pouvoir sur leurs propres financements. S’intéresser à ces fondations, leurs fonctionnements, nous amène à interroger la question du don, de la participation citoyenne et de l’action de ces fondations sur les enjeux démocratiques au niveau des territoires. Cette séance sera portée par le MES Occitanie Bérénice Dondeye – Opale- Aliss (fonds de dotation de territoire webinaire)


5ème séance (prévision mai 2026)

Quelles nouvelles pratiques philanthropiques ?
La remise en cause des appels à projet, de la remontée d’indicateurs, de la relation assymétrique financeur-financé amènent certaines fondations à revoir leurs modalités de relation avec les associations qu’elles financent. Nous voyons émerger notamment la philanthropie basée sur la confiance qui veut sortir des appels à projet, financer les associations sur le temps long en développant une relation de partenariat et de confiance, en sortant des évaluations basées sur des indicateurs de performance mais plutôt sur des modalités d’échanges et de discussion. La philanthropie participative propose de faire entrer les associations dans leur organisation, en créant des comités de pilotage mixte amené à construire le choix et la répartition des financements. Est-ce que ces nouvelles formes de relation permettent de limiter l’asymétrie de pouvoir financeur/financé?
Sont-elles à même de préserver la capacité d’interpellation et d’autonomie des associations qu’elles financent même lorsque ces interpellations vont à l’encontre de leurs intérêts?
Comment les « héritiers rebelles », ces philanthropes qui ont décidé de mettre tout leur héritage au profit des transformations sociales et écologiques analysent et/ou éprouvent ces nouvelles approches? Est-ce qu’elles permettent de répondre aux enjeux de démocratie interne à la philanthropie?


6ème séance (prévision Juin 2026)

La défense de la démocratie peut-elle être objet de la philanthropie ?
La fragilisation des démocraties occidentales interroge la place de la démocratie comme objet de soutien par la philanthropie. La récente création d’un fonds pour la démocratie montre que cet enjeu est de plus en plus pris en compte par les fondations philanthropiques. Elle l’est d’autant plus que la montée d’une philanthropie d’extrême droite interroge l’apolitisme des fondations et leur capacité à se positionner pour défendre l’Etat de droit et la démocratie. A l’heure de la répression des libertés associatives, symptôme émergeant d’un projet néolibéral dont l’une des clés est d’étouffer les organisations de la société civique capable de faire obstacle à l’extension des principes de marché, comment les philanthropes vont se positionner ?


Bibliographie participative